Lierre : langage des fleurs, remèdes, pouvoirs & folklore

Le lierre n’est pas une plante parasite, car elle ne se nourrit pas de la sève de son hôte, comme le gui. Le lierre est plutôt protecteur des arbres sains. Les arbres qui chutent sous son poids sont déjà malades ou affaiblis. Le lierre et l’arbre s’entraident en quelque sorte : l’arbre sert de support au lierre qui a besoin de trouver la lumière pour fleurir et le lierre protège l’arbre des intempéries, comme le gel ou la chaleur, car il agit comme un isolant thermique. Le lierre fleurit à la fin de l’été et au début de l’automne, ce qui bénéficie aux abeilles, ainsi qu’aux autres insectes pollinisateurs. Ses feuilles offrent un abri aux oiseaux et aux insectes. Il permet ainsi la création d’un petit écosystème pour les plantes, les insectes et les animaux.

Les noms vernaculaires du lierre

Le lierre possède de nombreux noms vernaculaires : lierre anglais, lierre grimpant, lierre des poètes, bourreau des arbres, lierre à cautère, herbe à cautère, herbe à cors, herbe de Saint-Jean, joli bois, lierret, rampe de bois, rampe des maisons, hierre, leuna, en corse « Ellara » ou « Lellara », en provençal « éurre », en occitan « èdra », etc.

On l’a longtemps appelé eyre, yere, heire, edre, iedre, hierre, puis on a fusionné l’article l’ avec le mot, ce qui a donné lierre. Il est amusant de noter que le lierre est un mot féminin dans toutes les langues romanes, conformément au latin, à l’exception du français.

Le langage des fleurs

Dans le langage des fleurs, le lierre est symbole de nombreux messages ayant trait à l’amour ou à l’amitié :

  • Fidélité,

  • fidélité éternelle,

  • amour éternel,

  • amour heureux,

  • mariage,

  • mariage d’amour,

  • amitié et fidélité dans le mariage,

  • amitiés éternelles,

  • je m’attache ou je meurs,

  • je veux nouer des liens éternels,

  • dépendance,

  • amour étouffant,

  • affection,

  • attachement,

  • etc.

Une tige de lierre peut également symboliser des désirs, des envies. Les vrilles de lierre, l’affection ou le souci de plaire ou encore s’appliquer à plaire.

On dit que l’amitié a choisi pour devise un Lierre qui entoure de verdure un arbre tombé, avec ces mots : « Rien ne peut m’en détacher ».

Les vertus médicinales du lierre

Ne jamais utiliser ses baies, elles sont toxiques. Pour les feuilles, bien respecter les doses prescrites.

Ses propriétés médicinales : analgésique, antispasmodique, emménagogue.

En externe, on l’utilise comme :

  • Traitement d’appoint adoucissant et antiprurigineux (lutte contre les démangeaisons) des affections dermatologiques,

  • trophique protecteur (nourrit et protège les tissus) dans le traitement des crevasses, écorchures, gerçures et contre les piqûres d’insectes.

Parties utilisées : jeunes feuilles fraîches (août, septembre).

  • Shampooing liquide : décoction de lierre grimpant : 50 gr de feuilles pour 1 litre d’eau, bouillir 10 min, passer en exprimant, compléter à 2 litres avec de l’eau bouillante. C’est un shampoing qui ne mousse pas, mais ses saponines ont la capacité de nettoyer en douceur le cuir chevelu. Mouiller les cheveux, verser la décoction petit à petit en frictionnant délicatement le cuir chevelu. Laisser poser 5 min au minimum, puis rincer soigneusement. Le shampoing au lierre est plutôt destiné aux chevelures brunes, car il a tendance à foncer les cheveux.

  • Bronchite (inflammation aiguë ou chronique de la muqueuse bronchique) :

    • En usage interne : infusion de lierre grimpant, 20 gr de feuilles fraîches hachées pour 1 litre d’eau bouillante, infuser 10 min.

On l’a vu plus haut, on appelle le lierre l’herbe à cautère. Le terme cautère viendrait du grec ancien « Kaiein » qui veut dire « brûler ». Au XIIIe siècle, le terme cautère désigne un instrument chirurgical qui peut être chauffé et qui est destiné à brûler les tissus organiques afin d’éliminer les parties malades. Par métonymie, il désigne au XVIIe siècle la plaie qui résultait de l’application d’un tel fer sur la chair, puis le cataplasme lui-même que l’on appose sur la plaie afin de la guérir ou tout simplement le remède qui permet de soigner une blessure.

Bref, l’herbe à cautère, c’est l’herbe à cataplasme ou herbe à remède.

  • Brûlure (lésion des tissus provoquée par la chaleur. Elle est superficielle ou profonde, mais sa gravité dépend beaucoup de son étendue. Les brûlures s’infectent facilement. Toutes les plantes employées fraîches doivent être soigneusement lavées avant l’emploi et il ne faut utiliser que les plantes dont on connaît l’origine) :

    • En usage externe, appliquer sur la brûlure : cataplasme : de feuilles de lierre grimpant fraîches.

    • Coup de soleil (atteinte cutanée provoquée par l’exposition au soleil. Le coup de soleil est une brûlure) : recouvrir le coup de soleil de feuilles de lierre grimpant fraîches et lavées.

On l’appelle aussi l’herbe à cors.

  • Cor (épaississement corné douloureux à l’épiderme du pied, dû au port de chaussures trop étroites) :

    • Usage externe (il faut protéger les tissus avoisinants de l’action corrosive des plantes utilisées) : Feuilles de lierre grimpant macérées dans du vinaigre ; après 4 jours, fragmenter la feuille avec des ciseaux, empiler les morceaux sur le cor, recouvrir d’un pansement bien clos, garder 3 jours. Si, après ce délai, le cor ne se détache pas aisément, recommencer l’opération.

  • Règles difficiles qui s’annoncent, mais ne se déclenchent pas. Usage interne, infusion à prendre une semaine avant la date des règles ; 2 tasses par jour :

    • Infusion de lierre grimpant, 40 gr de feuilles pour 1 litre d’eau bouillante, infuser 10 min.

Les pouvoirs du lierre

Bref, on l’aura compris, les pouvoirs du lierre sont la guérison et la protection.

Le lierre et son folklore

  • Autrefois, les femmes portaient du lierre pour la chance.

  • Le lierre est un symbole de vie éternelle pour les païens comme pour les chrétiens.

  • On dit qu’ajouter du lierre au houx à Noël dans la maison favorise la paix du ménage.

  • On dit que là où le lierre croît ou se répand, il protège le lieu des catastrophes et des énergies négatives.

Sources :

  • Secrets et vertus des plantes médicinales, sélection du Reader’s Digest, 1985.

  • The Complete Language of Flowers A Definitive and Illustrated History (Complete Illustrated Encyclopedia), de S. Theresa Dietz, 2020.

  • Dictionnaire en ligne Reverso

Tradition Faerie Faith : Comprendre les « Arbres », la Vigne

La vigne

Extrait de la thèse : The Faerie Faith and the Beth-Luis-Nion Celtic Lunar Tree Calendar par James Clifford Landis. Traduction : Fleur de Sureau. Pour revenir au menu, c’est ici.

La vigne est la dixième lune. Son nom gaélique est Muin (prononcé « Muhn »).

Le glyphe pour la vigne est : « Je suis une colline de poésie. »

  • Utilisations de la plante et folklore

Généralement, qui dit vigne dit raisin, mais nous pouvons lui substituer le roncier (mûres). Notre système peut absorber le sucre du raisin sans que la salive le décompose. Cela peut être utilisé pour reprendre des forces et enrailler la consomption. Les feuilles et les pépins de raisin peuvent être employés pour arrêter saignements et hémorragies. La sève peut être utilisée comme une lotion pour les yeux fatigués et pour les tâches sur la cornée (Grieve 832). Et, bien sûr, le raisin est comestible.

Selon une superstition intéressante, si vous trouvez un chat mort, en particulier noir un tomcat noir, et que vous l’enterrez sous votre vigne, cela aidera celle-ci à se développer (Vickery 158).

L’écorce, les racines et les feuilles du roncier sont très astringentes, et étaient employées pour soigner la dysenterie et la diarrhée (Grieve 109). Les baies sont comestibles et peuvent être entrées dans la composition dans un grand nombre de mets.

Dans le folklore, la consommation des mûres était interdite après une certaine date (qui variait selon le récit, mais qui concernait généralement le mois de Muin). La raison de cette interdiction tient au fait que l’on disait qu’après cette date des influences mauvaises imprégnées les mûres : n’importe quoi, du boogey Pooka au Diable, en passant par les sorcières, était à blâmer. Le lien entre les mûres, la mort et la période déclinante de l’année existe dans de nombreux contes populaires (Vickery 45-7).

Et pourtant, dans le même temps, on disait que les mûres sauvages offraient un remède contre tout : de la coqueluche aux points noirs. Rampez autour ou sous un roncier et vous y laisserez vos maux. La comptine : « Here we go round the mulberry bush (ndlt : nous dansons autour du mûrier) » pourrait dériver de cette pratique, car le mûrier commun est un proche parent de la ronce (Vickery 48-9).

  • Mythologie et symboles

Le glyphe de la vigne la relie aux Muses et à Mnémosyne, leur mère. Elle est aussi reliée à Minerve, la déesse romaine de la sagesse. Le vin est la boisson classique du poète, comme le montre le dieu extatique Dionysos (Graves 210). Le pouvoir de la poésie était révéré par les anciens Celtes. Si quelqu’un osait insulter un poète, ce dernier avait le pouvoir de composer sur son adversaire une satire propre à lui faire éclore des pustules noirâtres sur la face et à lui faire tourner ses entrailles en eau, ou le pouvoir de lui lancer un tel sort qu’il lui fasse perdre la raison (Graves, 22).

  • Énergies

Linda Kerr explique le rôle de la vigne au sein du cycle des Arbres :

« L’inspiration poétique commence durant le Noisetier, mais la Vigne est réellement la lune du poète. La Vigne est une colline de poésie, de talent artistique, d’inspiration et d’imagination débordant du tissu même de notre être. La Vigne est une lune guérisseuse et tonifiante, une période pour nous guérir des coups que nous prenons durant le Houx, ainsi que de l’épuisement ressenti durant le Noisetier. Nous ressentons en même temps joie et tristesse, euphorie et colère. C’est une période de guérison par la créativité. Nous pouvons commencer à exprimer cette période d’inspiration et d’imagination sans même nous en rendre compte. Nous pouvons refaire une pièce de la maison, changer les meubles de place, commencer à écrire ou à travailler sur les cadeaux de Noël. Nous ressentons beaucoup d’énergie intérieure et pouvons avoir une centaine d’idées différentes que nous désirons accomplir. Nous sommes maintenant comme la Vigne : enthousiastes, légers, flexibles, nous croissons à un rythme étonnant et pourtant, nous sommes solides et productifs. » (Kerr, “Lunar”).

Pendant cette période, l’étudiante ressent l’inspiration à son apogée qui accompagne les trois arbres de l’inspiration. Comme l’a dit une étudiante : « j’ai l’impression que les Muses sont en train de dégobiller dans ma tête ! » De nombreuses pensées nous viennent à l’esprit et nous sommes facilement distraits. Là encore, nous pourrions avoir envie de nous distraire de notre travail ou, au contraire, fuir dans le travail. C’est le moment de faire usage de la créativité à notre disposition pour améliorer notre vie, non pas pour la fuir.

T pour Tinne [La Déesse Blanche]

T pour TINNE

Extrait de l’Alphabet des Arbres, La Déesse Blanche. Robert Graves.

Le huitième arbre est le houx qui fleurit en juillet. Le houx apparaît dans Le Roman de Gawain et du Roi Vert initialement irlandais. Le roi vert est un géant mortel dont la massue est une bûche de houx. Lui, et Sir Gawain qui apparaît dans la version irlandaise sous le nom de Cuchulain, Hercule typique, font le pacte de se décapiter l’un l’autre chaque Nouvelle Année (c’est-à-dire au solstice d’été et au solstice d’hiver). Mais en réalité le chevalier du houx épargne le chevalier du chêne. Dans le Mariage de Sir Gawain, ballade de Robin Hood, le roi Arthur qui, en l’occurrence, trône à Carlisle, dit :

Comme j’arrivais de sur une mer
Je vis une femme assise
Entre un chine et un houx vert.
Elle était vêtue de rouge.

Cette femme, dont on ne mentionne pas le nom, est sans doute la déesse Creiddylad pour qui, dans le mythe gallois, le chevalier du chêne et le chevalier du houx devaient combattre chaque 1er mai jusqu’au jugement dernier. Comme, dans la version médiévale, saint Jean Baptiste, qui perdit sa tête à la Saint-Jean*, avait assumé les titres et coutumes du roi du chêne, il fut naturel de faire de Jésus, en tant que successeur généreux de Jean, celui qui assumerait ceux du roi du houx. Le houx était ainsi glorifié au-dessus du chêne. Par exemple, dans le Poème du Houx :

« De tous les arbres qui sont dans la forêt
Le houx porte la couronne. »

L’affirmation procède d’une phrase du Chant des Arbres de la Forêt : « De tous les arbres, où qu’ils soient, le meilleur, sans contredit, est le houx. » Dans chaque strophe du poème suivie du court refrain sur « le lever du Soleil, la course du cerf », l’auteur met en parallèle telle ou telle propriété de l’arbre avec la naissance ou la passion de Jésus : le blanc de la fleur, le rouge du fruit, le pointu des piquants, la solidité du tronc. « Houx » (holly) veut donc dire « saint » (holy). Et pourtant, ce n’est pas le houx, originaire des Îles Britanniques, qui dut figurer parmi les arbres de l’alphabet originel. Il a probablement remplacé le chêne vert avec lequel il a de nombreux points communs, y compris le même nom botanique ilex. Ce chêne vert ne fut pas introduit dans les Îles Britanniques, avant le XVIe siècle. C’est l’yeuse, chêne du kermès ou chêne-houx, qui serait donc le jumeau toujours vert du chêne ordinaire ; du reste ses noms en grec classique, prinos et hysge, servent aussi à désigner le houx en grec moderne. Il possède des feuilles acérées et abrite le kermès, insecte écarlate qui ne serait pas sans évoquer le fruit du houx au point d’être parfois pris pour lui et dont les Anciens tiraient leur teinture rouge royale et un élixir aphrodisiaque. Dans la « Version Autorisée » de la Bible, le mot « chêne » est parfois traduit par »térébinthe » et parfois par « chêne rouge » et ces arbres forment une paire sacrée dans la religion palestinienne. Jésus porta du rouge de kermès lorsqu’il fut habillé en roi des Juifs (Matthieu XXVII, 28).

Nous pouvons considérer les lettres D et T comme jumelles : « garçons blancs comme lis, habillés tout en vert, oh ! » du poème médiéval Les Joncs Verts. D est le chêne qui gouverne I» partie croissante de l’année, le chêne sacré druidique, le chêne du Rameau d’or. T est le chêne vert qui gouverne la partie décroissante de l’année, le chêne sanglant : c’est ainsi qu’un bosquet de chênes verts, près de l’Asopus corinthien, avait été consacré aux Furies. Le mot celtique Dann ou Tann, l’équivalent de Tinne, désigne n’importe quel arbre sacré. En Gaule et en Grande-Bretagne il signifie « chêne », en celtique germain il signifie « sapin », en Cornouaille le composé glas-tann (« arbre vert sacré ») désigne l’yeuse et le mot « tanner » vient de l’emploi de son écorce en tannerie. Cependant, dans l’Italie ancienne, c’était le houx et non le chêne vert dont se servaient les paysans au cours de leurs saturnales du solstice d’hiver. Tannus était le nom du dieu-Tonnerre gaulois et Tina celui du dieu-Tonnerre, armé de l’éclair triple, que les Étrusques avaient emprunté aux tribus goïdéliques parmi lesquelles ils s’étaient installés.

L’assimilation d’un Jésus pacifique au houx et au chêne-houx doit être considérée comme poétiquement inepte : sauf au moment où il déclare qu’il est venu apporter non la paix mais la discorde. C’était le taniste qui exécutait originellement son jumeau : il crucifiait le roi du chêne, et non le roi du houx, sur une croix en forme de T. Dans son Procès à la cour des Voyelles (vers 160 de notre ère), Lucien est explicite :

Les hommes pleurent et se lamentent sur leur sort et maudissent Cadmus d’innombrables malédictions pour avoir introduit le Tau dans la famille des lettres. Ils disent que c’est son corps que les tyrans ont pris comme modèle, et sa silhouette qu’ils ont imitée lorsqu’ils ont adopté la forme des bois sur lesquels on crucifierait les hommes. C’est le stauros que l’on nomme le vil instrument, et ce nom vient de lui. A présent, chargé de tous ces crimes, ne mérite-t-il pas la mort, non, plusieurs morts ? Pour ma part, je ne connais rien d’assez méchant, mais sa propre silhouette y pourvoira, cette silhouette qu’il a donnée au gibet que les hommes ont dénommé stauros, d’après son nom.

Et, dans un Évangile gnostique de Thomas, composé à peu près à la même époque, le même thème se présente dans une dispute entre Jésus et son maître d’école au sujet de la lettre T. Le maître frappe Jésus sur la tête et prophétise la crucifixion. Au temps de Jésus, le caractère hébraïque Tav, dernière lettre de l’alphabet, avait la forme du Tau grec.

Le houx gouverne le huitième mois et huit, en qualité de nombre de la croissance, est bien celui qui convenait au mois de la moisson de l’orge qui s’étend du 8 juillet au 4 août.

Les arbres à fées

Par Katharine Briggs, extrait de : « A dictionary of fairies ». Traduction & adaptation Fleur de Sureau.

Depuis des temps très anciens, presque tous les arbres sont associés au sacré. Bien que certains soient plus sacrés que d’autres. Il y a la trilogie magique du chêne, du frêne et de l’épine. Il y a les arbres fruitiers, en particulier le pommier et le noisetier ; il y a le sorbier, le houx et le saule, le sureau et l’aulne. Certains arbres semblent être considérés comme possédant une personnalité qui leur est propre et certains sont plus spécifiquement des repaires de fées ou d’esprits.

Comme arbre sacré, la plupart des gens penseront d’abord au chêne, vénéré par les druides, et il est certainement assez fort pour le rester de son propre chef, bien que tout le monde connaisse le couplet :

Fairy folks
Are in old oaks,

Le peuple féerique
Se trouve dans les chênes antiques,

Et de nombreux bosquets de chênes seraient hantés par les sinistres oakmen (hommes-chênes). L’aubépine possède certaines qualités qui lui sont propres, mais elle est principalement considérée comme un arbre sacré pour les fées ou hanté par elles. C’est particulièrement le cas des aubépines solitaires qui poussent près des collines des fées ou qui constituent un cercle de trois spécimens ou plus. On supposait que la blanche mai en fleur apporter la mort dans la maison et bien qu’on la cueillait le matin de Mai, elle était suspendue à l’extérieur.

Ruth Tongue a collecté une chanson folklorique du Somerset dont le refrain illustre la croyance populaire à propos d’arbres très différents :

Ellum do grieve.
Oak he do hate.
Willow do walk
If you travels late.

L’orme se désole.
Le chêne haït.
Le saule marche
Si vous voyagez tard.

Peut-être à cause de la vulnérabilité des ormes aux maladies, on pensait que si l’on abattait un orme, son voisin dépérirait et mourrait en sympathie. En revanche, les chênes, dont le statut était autrefois divin, éprouvaient un amer ressentiment lorsqu’ils étaient coupés et un bosquet de chênes qui jaillissait des racines d’une forêt de chênes abattue était malveillant. Et il était dangereux de le traverser la nuit, et plus spécialement s’il s’agissait d’un bois où poussaient des jacinthes sauvages. Les saules étaient même plus sinistres encore, car ils avaient l’habitude de se déraciner lors de nuit noire et de suivre le voyageur solitaire en marmonnant. Tolkien est fidèle à la tradition populaire quand il évoque le comportement ogresque du Vieil Homme Saule.

Wood-Martin, dans son livre « Traces of the Elder Faiths of Ireland », consacre une certaine attention aux croyances liées aux arbres. Par exemple, à propos du frêne sacré, il en mentionne un dans la paroisse de Clenor, Comté de Cork, dont les branches n’ont jamais été coupées, bien que le bois de chauffage soit rare alentours, et un autre à Borrisokane, « the old Bell Tree », sacré pour les rites du 1er Mai, pour lequel on croyait que si un homme en brûlait même un fragment dans son foyer, sa maison entière serait réduite en cendres. Le propriétaire d’un cottage s’est attiré pareil destin lorsqu’il essaya de couper la branche d’un sureau sacré surplombant le puits d’un saint. Il s’y essaya trois fois ; par deux fois, il s’arrêta parce que sa maison semblait être en feu, mais il s’agissait d’une fausse alerte. La troisième fois, il décida de ne pas se laisser berner par les apparences et il emporta la branche dans son cottage, pour le retrouver entièrement brûlé. Il avait reçu des avertissements.

Il existe deux points de vue à propos du sureau. Il fut un arbre sacré, comme nous pouvons le voir à travers la « Vieille Mère Sureau » d’Hans Andersen. Dans le Lincolnshire également, on jugeait nécessaire de demander la permission à l’arbre avant d’en couper une branche.

La formule était la suivante :

« Owd Gal, give me of thy wood, an Oi will give some of moine, when I graws inter a tree »

« Vieille fille, donne-moi de ton bois, et je te donnerai du mien quand je serai un arbre. »

(County Folk-Lore vol. V, p. 21).

Ses fleurs et ses fruits étaient très appréciés pour le vin, l’arbre était un abri contre les mouches et l’on disait aussi que les bonnes fées y trouvaient une protection contre les sorcières et les mauvais esprits.

D’un autre côté, dans l’Oxfordshire et les Midlands, de nombreux sureaux étaient fortement suspectés d’être des sorcières transformées, et ils étaient supposés saigner si on les coupait. La sorcière des Rollright Stones prenait la forme d’un sureau selon la légende populaire.

D. A. Mac Manus, dans « The Middle Kingdom: an explanation of comparatively modern fairy beliefs in Ireland », consacre un chapitre aux arbres à fées et donne de nombreux exemples de jugements qui s’abattent sur les gens qui ont détruit des arbres épineux sacrés. Il croit que certains arbres sont hantés par les fées et d’autres par des démons, et donne un exemple d’un groupe de trois arbres proches les uns des autres, deux épineux et un sureau, qui était hanté par trois mauvais esprits. Il dit que lorsqu’un chêne, un frêne et une épine poussent les uns rapprochés des autres, un rameau prélevé sur chacun que l’on nouait tous trois entre eux par un fil rouge étaient considérées comme une protection contre les esprits de la nuit. En Angleterre, le frêne était une protection contre les esprits malicieux, mais en Écosse, le sorbier des oiseleurs était encore plus puissant, probablement du fait de ses baies rouges :

Rowan, lammer (amber) and red threid
Pits witches to their speed,

Sorbier, ambre et fil rouge,
Mettez les sorcières en fuite,

Comme le disait le vieil adage. Rouge a toujours été une couleur vitale et victorieuse. Un houx porteur de baies était une puissance bénéfique. D’un autre côté, un houx stérile (c’est-à-dire le houx qui porte les fleurs mâles) était considéré comme malveillant et dangereux.

Deux arbres fruitiers, le pommier et le noisetier, possédaient des qualités spécialement magiques. Les noisettes constituaient la source de la sagesse, ainsi que de la fertilité, et les pommes celle du pouvoir et de la jeunesse. Un danger était inhérent à chacun d’eux. Un « ymp-tree » (c’est-à-dire un pommier greffé) résidait sous l’influence du peuple féerique et un homme qui s’endormait sous celui-ci leur était assujetti, comme le découvrit Sir Lancelot qui fut emporté par des fées. Un destin quelque peu similaire frappa la Reine Meroudys dans le poème médiéval du Roi Orfeo.

Les pouvoirs de fertilité des arbres porteurs de fruits à coque pouvaient être exagérés et le Diable était censé se trouver dehors, dans les bois, à l’époque de la cueillette des noix et des noisettes ; « so many cratches, so many cradles » (ndlt : « tant de noix/noisettes, tant de berceaux », le terme « cratch-cradle » désigne une mangeoire, une crèche, cratch désigne également le meuble/le panier où est stocké la nourriture dans la maison) dit l’adage du Somerset, cité par Ruth Tongue dans « County Folklore » (vol. VIII).

D’autre part, les noisettes mangées par une truite ou un saumon donnaient à leur chair le pouvoir de transmettre la sagesse dès le premier contact. C’est ainsi que Finn obtint sa dent de sagesse (ndlt : « Finn Mac Cumaill, élève d’un poète ou file, était occupé un jour à faire rôtir un saumon pour le compte de son maître. Mais il se brûla en tournant la broche et il porta le doigt à sa bouche. Il fut aussitôt rempli de la science universelle et eut une dent prophétique : il lui suffisait de placer son pouce sous sa dent de sagesse et de le mâcher pour être doué de prophétie. »)

Mac Manus fait mention d’autres arbres à fées, le pin sylvestre, le bouleau, le prunellier et le genêt, bien que ce dernier soit un arbuste plutôt qu’un arbre. Le hêtre est un arbre saint, sans lien avec les fées. On dit que les prières prononcées en dessous montent droit aux cieux. Autrement, il est difficile de penser à un arbre qui ne possède pas de connexion avec les fées.

[Motifs : A2766.1 ; D950.2 ; D950.6 ; D950.10 ; D950.13 ; D1385.2.5]

Illustrations d’en-tête par Brian Froud. Illustration suivante : Arthur Rackham.

Tradition Faerie Faith : Comprendre les « Arbres », l’Aubépine

Extrait de la thèse : The Faerie Faith and the Beth-Luis-Nion Celtic Lunar Tree Calendar par James Clifford Landis. Traduction et adaptation : Fleur de Sureau.

L’aubépine

L’aubépine est le sixième arbre de l’année. Son nom gaélique est huath (prononcé « Hoh’ uh »).

Le glyphe pour l’aubépine est : « Je suis belle parmi les fleurs. « 

  • Utilisations de la plante et folklore

Margaret Grieve décrit l’aubépine comme un « cardiaque, diurétique, astringent [et] un tonique. Principalement utilisée comme un tonique cardiaque pour les troubles cardiaques organiques et fonctionnels. » (385).

L’aubépine est entourée de mythes. Dans de nombreuses régions, elle est considérée comme l’une des plantes qui portent le plus malchance, capable de provoquer la mort et de graves maladies si on la cueille ou on en ramène à la maison. Certains disent que cette plante porte malchance parce qu’elle a été utilisée pour fabriquer la couronne d’épines du Christ. D’autres croient que cette superstition tire son origine « du malchanceux mois de mai » (la période pendant laquelle les aubépines sont en fleur). D’autres encore supposent que la superstition vient de la célébration préchrétienne de la fête de Mai durant laquelle la Reine de Mai était couronnée avec la plante avant d’être rituellement sacrifiée. (Vickery 166-68).

À Chiswick, la plante était même connue sous le nom de « mother-die » (ndlt : mother = mère, die = mourir… « morte-mère ») du fait qu’elle porte malchance. On estime que ses fleurs sentent la mort. Ceci est dû au fait que « la triméthylamine, un des premiers composés organiques à se former lorsque les tissus animaux commencent à se décomposer, est présente dans les fleurs d’aubépine » (Vickery 169).

L’aubépine et le 1er mai sont également liés à l’amour charnel. La fête de mai était la célébration de Beltane, la période pendant laquelle le Dieu soleil païen fait l’amour à la Déesse Lune. « C’est une plante que l’on ne fait pas entrer à la maison, associée à l’amour libre dans les champs, plutôt qu’à l’amour dans le lit conjugal » (Vickery 168).

  • Mythologie et symboles

Dans la Rome Antique, mai était l’époque pendant laquelle le temple de Vesta (la Déesse du Mariage) était balayé et nettoyé. Pour cette raison, aucun mariage ne pouvait avoir lieu pendant ce mois. Foyers et maisons du peuple n’étaient pas des lieux sûrs lorsque la maison de la Déesse était en effervescence. Le peuple ne pouvait porter de vêtements neufs et la chasteté était de rigueur parmi les couples (Graves 174).

Les Mabinogion, un recueil de récits gallois anciens, narrent l’histoire de « Culhwch et Olwen. » Dans ce récit, l’aubépine apparaît sous l’aspect du Chef des Géants, Yspaddaden Penkawr, le père d’Olwen. Le jeune Culhwch a juré de prendre pour épouse Olwen, mais le chef des géants exige une dot de 13 trésors, chacun représentant un défi de taille (Jones 85-121). L’aubépine ne veut apparemment pas que le mariage ait lieu de son temps. Pourtant, il existe un autre aspect au mois de mai, plus obscur. « La référence à l’épine blanche en matière d’ascèse […] doit cependant être distinguée de son usage orgiaque plus récent correspondant au culte de la déesse Flora » (Graves 176).

Nous connaissons cela à travers les célébrations du jour de mai, au cours desquelles les fleurs d’aubépine étaient cueillies et les gens dansaient autour du mât de mai. Ces festivités débordaient souvent d’érotisme, comme l’explique Robert Graves,  » Pour beaucoup d’hommes, la fleur d’aubépin exhale un fort parfum de sexe féminin, ce pour quoi les Turcs utilisent les branches d’aubépines en fleurs comme symboles érotiques. » (176).

  • Energies

L’aubépine est une période de nettoyage et de purification (si utilisée correctement). Les puissantes énergies sexuelles de la lune de l’aubépine peuvent être dangereuses utiliser de manière indécente.

« Beaucoup de gens se sentent en « rut » juste à cette période, mais au lieu de vous ruer dans les bois et d’avoir beaucoup de rapports, vous devriez vous réfréner et recanaliser ces énergies pour développer votre maturité spirituelle et émotionnelle. L’aubépine est la lune de la purification  et des utilisations créatives (plutôt qu’au sens de fertiles) des énergies sexuelles. Ce n’est pas la période de l’activité sexuelle effrénée. Les gens sont beaucoup plus sensibles et vulnérables, et peuvent pâtir de luxure déplacée. Faites l’expérience de l’amour à la place. Résistez maintenant, attendez le solstice d’été. C’est la période de consommation, physiquement et autrement. Utilisez cette période pour nourrir vos sentiments intimes. L’aubépine guérit le cœur, littéralement – il est employé comme médicament pour le cœur. » (Kerr, « Lunar »)

Le glyphe, « Je suis belle parmi les fleurs », parle de Flora. C’est une période de forte pulsion sexuelle. L’étudiante doit veiller à utiliser ces énergies de façon positive et saine.

L’autre glyphe de l’aubépine est « Je suis la gardienne des frontières, la nuit je vole seule. »

Ce glyphe parle de Vesta, la chaste Déesse. Il est conseiller à l’étudiante de s’abstenir non seulement de relations sexuelles, mais aussi de trop de contacts humains. Vesta exhorte l’étudiante à protéger ses frontières lorsque les autres perdent les pédales.