Les deux courants de la Wicca Dianique : Dianic Covenstead & Feminist Wicca

Notre tradition est issue des deux courants de la wicca dianique : celui initié par Z. Budapest, que l’on nomme Feminist Wicca et celui initié par Morgan McFarland, appelé Old Dianic ou encore Dianic Covenstead (la Faerie Faith dérivant de l’Old Dianic, cf. les autres articles du blog qui traitent du sujet). Toutefois, nous travaillons essentiellement avec le matériel Old Dianic/McFarland. Dans le souci de toujours mieux connaître l’Histoire et les racines de notre tradition, nous compilons sur ce blog toutes les informations que nous trouvons.

Voici donc un extrait du livre (en français, c’est rare et mérite d’être souligné) « Sorciers, sorcières et néopaïens dans l’Amérique d’aujourd’hui », d’Anne-Marie Lassallette-Carassou (chapitre VIII, 3. LE CULTE DIANIQUE DES ÉTATS-UNIS). Les informations de l’auteur sont largement tirées de Drawing down the Moon par Margot Adler, dont les passages traitants de Mark Roberts et Morgan McFarland ont été traduits sur ce blog.

Les mouvements féministes, gays et écologistes ont contribué (non sans mal) au développement de la wicca américaine ainsi qu’à celui du reste du néopaganisme. Une étude de cas significative de ce phénomène, permettant de montrer à quel point il a pu mettre à l’épreuve les principes œcuméniques définis par le Conseil, peut être faite en étudiant la fondation de la tradition Dianic Wicca, Z. Budapest et Morgan Mc Farland. Le terme Dianic Wicca recouvre aujourd’hui un grand nombre de groupes, que l’on peut rassembler en deux tendances principales. : Feminist Wicca (issue de Budapest) et Dianic Covenstead (tendance McFarland).

Comme son nom l’indique, Z. Budapest est d’origine hongroise. L’arbre généalogique de sa famille remonte à 1270. Il y a toujours eu des herboristes dans sa famille ; plusieurs de ses ancêtres étaient guérisseurs, et son père, médecin, tenait également une pharmacie-herboristerie. Budapest se souvient de sa mère prédisant l’avenir, entrant en transe et en communication avec les morts. Sa mère était artiste et son art témoignait, d’après Budapest, d’influences sumériennes. Elle décorait ses céramiques de motifs représentant l’arbre de vie, de symboles floraux (1), etc. Elle utilisait des incantations et, dit Budapest, « arrêtait le vent ». Elle décrivait ces pratiques comme peasant, et non pagan (il se trouve les deux notions — paysan et païen — sont désignées par le même terme en hongrois).

La famille émigre aux États-Unis après l’insurrection de 1954 pour fuir la répression soviétique. Budapest est encore adolescente. En arrivant à New York, elle prend conscience qu’il y règne une forme d’oppression : les fondations Ford et Rockfeller octroient des bourses d’études aux enfants des réfugiés hongrois, mais l’essentiel des fonds est distribué aux garçons ; les filles comme Budapest doivent travailler pour pouvoir bénéficier d’études secondaires. Dans ces conditions, les études universitaires sont hors de question. Budapest devient donc serveuse. Elle se marie et élève ses deux enfants, tout en continuant à travailler. Au bout de douze ans d’une vie harassante, Budapest fait une tentative de suicide. Alors, elle a une vision, et se remémore qu’elle est une sorcière : « j’ai recouvré mon authentique perspective de sorcière, et me suis souvenue qu’une sorcière envisage toujours la vie comme un défi », explique-t-elle. Budapest décide de tourner la page et part en auto-stop pour Los Angeles. Elle y découvre dans un journal l’annonce d’une manifestation d’un groupe féministe, le Women’s Liberation Movement, et décide de se joindre au groupe qu’elle rencontre à cette occasion. Budapest commence alors à parler de la Déesse à ces femmes. Elle leur communique son savoir sur les coutumes païennes qui ont survécu en Hongrie, et qui y ont perdu pour la plupart des Hongrois (mais pas pour elle) toute signification religieuse. Puis elle entreprend la lecture de toute la littérature disponible sur le culte dianique, en particulier les œuvres de Leland et de Murray, et tient ses premiers sabbats avec quelques femmes de son groupe. Un jour du solstice d’hiver 1971, à Vénice (Californie) un coven est créé. Les femmes du groupe le nomment le « Susan B. Anthony Coven n° 1 » (2).

Au début des années quatre-vingt, Z. Budapest transmet la direction de ce premier coven à la Grande-Prêtresse Ruth Barrett, qu’elle a initiée, et part pour Oakland où elle fonde un deuxième coven. Barrett change le nom du coven initial, choisissant de le nommer Circle of Aradia. Budapest donne à son second coven l’ancien nom du premier. À Oakland, elle fonde et dirige un centre de formation — Le Women’s Spirituality Forum — qui se fixe comme objectifs de faire connaître et d’amener au culte de la Déesse les membres de mouvements féministes et écologistes, et de restaurer (ou plutôt d’instaurer) la paix et la justice aux États-Unis. Le centre organise des congrès auxquels des féministes qui sont aussi des figures importantes du néopaganismes, comme Merlin Stone, Starhawk, Diana Paxton, Margot Adler et Budapest elle-même sont invitées à prendre la parole (3).

Alors même que Z. Budapest fonde le Suzan B. Anthony Coven n° 1 à Venice, un autre coven dianique est créé à Dallas, Texas (c’est-à-dire en pleine Bible Belt) par Morgan McFarland et Mark Roberts. McFarland avait passé son enfance en Orient où son père était un missionnaire protestant, puis elle s’était installée dans le sud des États-Unis, où elle avait été initiée dans un coven local ne se réclamant d’aucune tradition particulière et se dénommant simplement Witchcraft (4). Néanmoins, les rituels de ce coven étaient très inspirés de Graves, mettant l’emphase sur le culte de la Lune et sur les Mystères des treize mois lunaires et leur relation avec l’alphabet Beth-Luis-Nion de la Grande-Bretagne archaïque dont parle Graves. Quelques mois plus tard, McFarland lançait un magazine néopaïen éphémère, The Harp, avant de sortir de l’ombre et de créer un premier groupe néopaïen appelé The Seekers (La Quête) en 1972. Ce groupe publie une revue intitulée The New Broom (littéralement : ,nouveau balai). The Seekers devient bientôt un coven dianique mixte. Il est suivi d’un deuxième coven, réservé aux femmes, puis le groupe commence à essaimer.

Dianic Wicca est aujourd’hui l’une des branches les plus actives du néopaganisme wicca. Les adeptes de Dianic Wicca considèrent le véritable Craft comme une religion de femmes. Alors que la plupart des membres de la wicca reconnaissent Gardner comme leur père spirituel et respectent le principe de la double polarité masculin-féminin, les sorcières dianiques ne veulent reconnaître que Diana, celle de Murray, mais surtout celle de Leland, et aussi la Diane/Artémis des Romains et des Grecs. Le culte dianique des États-Unis est le culte de la Déesse, source de toute vie, source du féminin et du masculin, et comportant en elle des aspects du masculin et du féminin. Il y a là des échos de Graves, de Frazer, des théories de Jung et surtout de Neumann*. Chaque création de la Nature étant un enfant de la Déesse, ce culte se considère comme panthéiste, bien que les rituels soient consacrés uniquement à la Déesse : celle-ci est d’ailleurs célébrée sous trois aspects différents correspondant aux trois âges du féminin : Maiden-Creatrix (5), Great Mother (la Grande Mère) et Old Crone (la Vieille Femme), cette dernière détenant les clefs des portes de la mort et de la renaissance.

La plupart des covens dianiques sont composés exclusivement de femmes, mais ce n’est pas toujours le cas dans la tendance MacFarland. Comme les covens exclusivement féminins, les covens mixtes ont une approche strictement féministe en toute chose. Dans chaque cercle, la Grande-Prêtresse représente la Déesse. Elle est assistée lors des rituels par une très jeune fille, et parfois, dans les covens mixtes, par un Grand-Prêtre qui reconnaît son autorité. Le Grand-Prêtre et la jeune fille représentent l’époux et l’enfant de la Déesse. Cet époux entretient avec la Déesse le même type de relation qu’Osiris à Isis. Pour illustrer cette relation, les membres de Dianic Covenstead citent une phrase attribuée à Bachofen : « Immortelle est Isis, mais mortel est son époux, tout comme la création terrestre qu’il représente. » McFarland en est la Grande-Prêtresse et Mark Roberts son Prêtre. Dans cette tradition, ce sont toujours les femmes qui choisissent le prêtre, et celui-ci est révocable à tout moment. Les hommes y sont en position d’infériorité, mais, comme le dit Roberts (cité par Adler, 1997 : 124), « Je préfère être second sur un navire solide que capitaine d’un navire dont la coque est pourrie et qui ne va pas tarder à sombrer, ce qui est le cas du patriarcat. »

D’après Melton (1988 : 1220), certains covens dianiques croient à la parthénogenèse. Cette croyance se révèle aujourd’hui en quelque sorte en passe d’être légitimée par la découverte d’une technique particulière de procréation assistée : le clonage humain à partir d’une cellule maternelle.

Si MacFarland fut initiée au Witchcraft avant de devenir féministe, il est clair que Budapest était déjà féministe avant de devenir une sorcière féministe de la branche wicca et de fonder uncoven et la tradition Dianic Wicca. Mais il est également vrai qu’elle peut prétendre avoir été avant tout sorcière, par tradition familiale — une tradition que Bonewits qualifierait de « classique ». Il semble aussi que sa mère ait pratiqué ce que Bonewits appelle sorcery. Elle a recueilli en héritage — par imprégnation (c’est-à-dire sans bénéficier d’un enseignement systématisé) — certains savoirs magiques, transmis oralement et par l’exemple, de génération en génération. Dans cette tradition familiale, les rituels sont réduits au minimum. Ce qu’il reste de religieux dans cet héritage est également très simple et réduit au minimum. Il n’y a pas d’initiation à proprement parler. Il s’agit d’un savoir presque réduit au savoir-faire, un craft. Le contact avec le mythe ou la religion wicca importés d’Europe via Gardner et al. se fait dans un deuxième temps. Et ce, par l’intermédiaire de la lecture de la littérature wicca et non par initiation. S’ensuivent la création d’une tradition, avec l’adoption d’un mythe, de nouvelles structures, des initiations, et des rituels de plus en plus élaborés concernant non plus un individu, mais tout un groupe, qui y trouve une cohésion : il s’agit maintenant d’une religion – mais d’une religion assez éloignée des principes de la wicca tels que définis par le Council of American Witches, et cette particularité va créer de nombreux remous au sein du Craft étasunien.

(1) Sans doute s’agit-il de l’arbre huluppu et de la rosette d’Inanna, dont le mythe sera résumé ci-dessous. cf. Inanna, Queen of Heaven and Earth (Her stories and Hymns from Sumer) de Diane Wolkstein et Samuel Noah Kramer (1984), ouvrage que nous avons traduit en 1996.

(2) Susan Brownell Anthony (1820 – 1906) était une des figures éminentes du mouvement féministe américain du XIXe siècle ; elle s’est battue pour QUE le droit de vote soit accordé aux femmes.

(3) Ce récit est emprunté à Adler, 1997 : 76-77. Le groupe de Z. Budapest devient célèbre lorsque la « sorcière » féministe, qui utilisait le tarot, tombe en 1975, à Los Angeles, dans un piège tendu par une femme policier qui lui avait demandé de tirer les cartes et l’avait prise en flagrant délit. Budapest refusa de payer discrètement une amende et de retourner à ses activités occultes dans sa petite boutique qui avait pignon sur rue, comme le fon habituellement les centaines d’autres personnes arrêtées pour le même motif. Au contraire, elle proclama que son activité divinatoire était liée à sa religion. Elle fut arrêtée et emprisonnée, passa en jugement et fut condamnée, pour avoir enfreint la loi de Los Angeles, à payer une lourde amende. De nombreux témoins, dont les anthropologues avaient pourtant été cités par la défense, dont le slogan était « Hands off Wimmin’s Religion » (« On ne touche pas à la religion des Femmes. »)

(4) Les sources divergent quant au milieu professionnel de McFarland : Melton (1988 : 1220) en fait une journaliste, alors qu’Adler (1997 : 124) dit qu’elle a d’abord été mère au foyer, puis a donné des conférences sur le féminisme et le witchcraft, pour finir par monter un commerce florissant de plantes et de vannerie.

(5) Cet aspect de la déesse (que l’on pourrait traduire par « la Jeune Fille Créatrice ») est celui que célèbre le groupe néopaïen non wicca Feraferia, étudié ultérieurement.

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