La tradition dianique McFarland par Margot Adler

Par Margot Adler. Extrait de Drawing down the moon. Traduction et adaptation : Fleur de Sureau

[…] Dans ce pays, un autre courant Dianique est né à Dallas avec le Covenstead dianique de la prêtresse Morgan McFarland. Cette tradition exalte le féminin mais n’exclut pas les hommes du culte. Lorsque j’ai rendu visite à Morgan McFarland en 1976, elle était la prêtresse de trois covens, dont un exclusivement féminin.

Dans ce courant de la tradition, la Déesse est vue comme possédant trois aspects : la Vierge-Créatrice, la Grande-Mère et la Vieille Femme qui garde les portes de la mort et de la renaissance. C’est sous son second aspect que la Déesse prend un consort masculin, qui est semblable à Osiris pour Isis. Pour présenter cette relation, les Dianiques citent une phrase attribuée à Bachofen :  « Immortelle est Isis, mais mortel est son époux, tout comme la création terrestre qu’il représente. » Ainsi il y a une place pour le Dieu, mais la femme en tant que Créatrice est primordiale. Les Dianiques voient également la Déesse symbolisée dans la nature comme la Triple Créatrice : comme la lune, la Reine des Mystères ; comme le soleil, Sunna, la Reine des Etoiles, pourvoyeuse de chaleur et de soins ; et comme la Terre Mère, à qui tout doit retourner.

Mark Roberts, qui était le partenaire de McFarland jusqu’en 1978, m’expliqua que les Dianiques sont également panthéistes, puisqu’ils reconnaissent le caractère sacré de tout ce qui existe. Mais, dit-il :

“La Déesse est la pierre angulaire de cette planète et ce cycle de vie. »

Et à cette période, Mark et Morgan semblaient être (de tout ceux que j’ai interviewés) les plus concernés par le sort écologique de la planète. Dans The New Broom, une ancienne revue dianique, Roberts écrivait qu’il y a moins de différence entre un « mortel » et une « déité » qu’entre ceux qui ont perdu le contact avec la nature et ceux dont les rythmes et le pouls sont en phase avec l’univers.

Il écrivait également :

Le style de vie d’un Dianique est un composite de trois valeurs et idéaux. Premièrement, une conscience de soi. Deuxièmement, une relation (ndlt : un lien de parentèle) à la nature  croissante et en perpétuelle expansion. Et troisièmement, une franche sensibilité aux pulsations du cosmos.  A mesure que nous approchons des objectifs communs de conscience, du rétablissement d’un lien intime (ndlt : kinship, parenté) et de sensibilité, nous atteignons un niveau d’harmonisation que les outsiders appellent « magie ». Nous sommes bien conscients qu’avec nos travaux nous n’avons rien accompli, ni produit de surnaturel : nous avons simplement atteint notre niveau de capacité naturelle.

Dans une société obsédée par l’artificialité, notre style de vie semble étrange, « contre nature », même révolutionnaire…

Et nous sommes révolutionnaires : en ce sens que nous tournons autour de l’axe qui est la Déesse et nous parachevons le cycle qui voit son culte revenir en force ; et nous sommes les partisans d’un changement drastique et radical d’un monde destructeur, fou dangereux et pêle-mêle dans lequel nous nous trouvons ; et en cela, à une ère technologique où les avancées mécaniques ont des conséquences de plus en plus lourdes sur la sensibilité humaine, nous exerçons notre sens du réveil, à un niveau de conscience qui libère l’humain pour qu’il redevienne entier, indépendant et alerte. Dans une culture patriarcale qui devient de plus en plus autoritaire, nous n’avons pas d’autre choix que de nous placer en rebelles contre la déshumanisation… [Mark Roberts, “An Introduction to Dianic Witchcraft,” non publié Ms., Chap. VI, pp. 1–2.]

En rapport avec ces principes, le Dianic Covenstead possède une série très efficace d’exercices et de techniques pour recouvrer le lien de parentèle et l’harmonie avec la nature.

L’origine du Dianic Covenstead à Dallas remonte à environ quarante ans. Morgan McFarland, fille d’un pasteur, a vécu une partie de sa jeunesse en Orient puis s’est installée dans le Sud des Etats-Unis. Là-bas, elle fut formée au sein d’un coven sorcier. Ce coven ne possédait pas de nom pour sa tradition, l’appelant simplement Witchcraft (ndlt : Sorcellerie). Elle adopta le terme « Dianique » plus tard. Les rituels de ce coven mettait un accent particulièrement sur la lune, étaient très « Gravesiens » (ndlt : référence à Robert Graves et son livre la Déesse Blanche). Ils se focalisaient sur les mythes, les connaissances traditionnelles et les mystères derrière chacun des treize mois lunaires, ainsi que leur lien avec l’alphabet des arbres Beth-Luis-Nion de l’ancienne Grande-Bretagne.

Alors qu’hommes et femmes peuvent être initiés, les femmes qui ont fait l’expérience des rituels de chacun des mois lunaires peuvent passer par cinq rituels de « passage » supplémentaires. Après cela, elles peuvent partir (ndlt : hive off, essaimer, quitter la ruche, se séparer) et fonder leurs propres covens.

J’ai posé à Mark l’évidente question : comment est-ce d’être prêtre au sein d’une tradition si fortement matriarcale. Il a répondu :

“Je préfère être second d’un solide navire que capitaine sur un navire dont la coque est pourrie et qui est en train de couler. Comme l’est le patriarcat.”

J’ai demandé à Morgan de parler de ses sentiments à propos des différences entre ses deux covens, le mixte et celui qui ne l’est pas. Elle me répondit :

“Nous avons constaté que les femmes qui travaillent ensemble sont capables de conjurer leur passé et réveiller leur ancienne prédominance. Elles sont capables de recoller de nombreuses pièces. Cela ne semble pas se produire quand les hommes sont présents. Peut-être que c’est un comportement social. Il semble que les covens mixtes, peu importe à quel point les femmes sont « féministes », suscite une sorte de compétition. Dans le coven de femmes, rien de tout cela ne se produit et une grande réciprocité se développe, contrairement à tout ce que j’ai pu voir auparavant. ”

Morgan McFarland a été femme au foyer, une conférencière sur le féminisme et la Witchcraft, propriétaire d’une petite entreprise de plantes et paniers et une femme grimpant les échelons d’une grande entreprise. Elle a deux enfants. J’ai passé une semaine avec Morgan et Mark durant la période où ils travaillaient ensemble. Je les ai trouvés plein d’entrain, spontanés et formidables.

Leurs cercles étaient essentiellement des célébrations. Comme Mark l’a écrit dans The New Broom :

Nous pratiquons la guérison et la catoptromancie, nous gérons les problèmes et mettons en place des mesures de protection, mais la majorité des rituels du coven sont destinés à honorer et adorer la Déesse, et à ce qu’Elle entre en contact avec nous et inversement. L’esprit protecteur de nos cercles consiste davantage à nous protéger du 20ème siècle que des forces malveillantes. Nos cercles sont un havre pour nous préserver du présent, qui nous libèrent pour revenir dans le passé et restaurer notre ancienne harmonie avec la nature. [Mark Roberts, “The Dianic Aspects,” The New Broom, Vol. I, No. 2 (Candlemas, 1973), 17.]

Dans le cercle, tous étaient égaux, en dépit du côté « féministe », et on y laissait beaucoup de place à l’innovation pour les rituels, outils, habits (ou leur absence), l’envergure et la structure. En 2005, Morgan McFarland explique qu’elle observe la nouvelle génération de Dianiques d’un point de vue extérieur. Elle ne dirige plus de coven et se décrit elle-même comme une matriarche solitaire.  Mais il existe de nombreux bosquets et covens qui perpétuent son travail.

Un rituel par Morgan McFarland, extrait du livre Drawing down the Moon

Par Margot Adler. Extrait de Drawing down the moon. Rituel par Morgan McFarland. Traduction et adaptation : Fleur de Sureau

Un vendredi soir à Boston, le 23 avril 1976, un millier de femmes sont assises sur les bancs de la vieille église d’Arlington Street. Les bancs sont plein et les femmes continuent de s’installer par terre et dans les allées. Puis se taisent tandis que la flûte de Kay Gardner crée un sentiment de paix. Les lumières se tamisent et Morgan McFarland, Grande Prêtresse Dianique, s’avance, vêtue d’une longue robe blanche, accompagnée de quatre membres de son coven de femmes, le même coven dont il est question dans la revue The New Broom. L’occasion est celle d’un rituel : “pour déclarer et affirmer notre naissance », pour marquer l’ouverture d’une conférence de trois jours sur la spiritualité féminine, portant le nom inhabituel de « A travers le miroir : une expérience gynérgétique » (“Through the Looking Glass: A Gynergenetic Experience”.) La conférence est suivie par plus de mille trois cents femmes et en plus d’une allocution de la théologienne féministe Mary Daly, la conférence est particulièrement remarquable du fait du grand nombre de prêtresses Sorcières venues y assister d’aussi loin que le Texas et la Californie.

Cette relation entre la spiritualité féministe et l’Art[ndlt : l’Art magique/sorcier] est complexe. Peut-être que si nous devions choisir un instant pour saisir toutes les qualités, problèmes, pressions et vastes potentialités dans cette relation difficile, ce rituel serait semblable à un prisme. Morgan et les femmes du coven se tiennent debout dans l’église, un peu à part, un peu trop élégamment vêtues, trop « féminines » de façon stéréotypée. Je me souviens combien elles étaient plus à l’aise lorsqu’elles pratiquaient leur rituel dans le living-room à Dallas, où chacune d’entre nous ne portait rien d’autre qu’un collier de perles. Mais elles sont là, devant l’autel de l’église, tenant des bougies, pendant qu’un millier de femmes regardent et attendent.  Morgan s’avance et parle.

Dans le moment infini précédant tout temps, la Déesse émergea du chaos et donna naissance à Elle-Même… C’était avant que toute autre chose soit née… Pas même Elle. Et lorsqu’Elle sépara les cieux des eaux Elle dansa sur eux. Alors qu’Elle dansait, ainsi Son extase grandit. Dans cette extase, elle créa tout ce qui est. Ses mouvements créèrent le vent, et l’élément de l’Air naquit et souffla.

Une bougie est allumée à l’Est. Morgan parle.

Et la Déesse se nomma Elle-même : Arianrhod—Cardéa—Astarté. Et des étincelles jaillirent de Ses pieds dansants afin qu’Elle brilla comme le Soleil, et les étoiles se prirent dans Ses cheveux. Les comètes filèrent à Sa suite, et l’élément du Feu naquit.

Une bougie est allumée au Sud.

Et la Déesse se nomma Elle-même : Sunna, Vesta, Pelé. Autour de ses pieds les eaux tourbillonnèrent sous la forme de raz-de-marée, de rivières et de vifs ruisseaux. L’élément Eau se mit à couler.

Une bougie est allumée à l’Ouest.

Et Elle se nomma Elle-même : Binah, Mari Morgaine, Lakshmi. Et Elle voulut reposer ses pieds de leur danse, Et Elle engendra la Terre afin que ses rives soient son repose-pieds, les terres fertiles son utérus, les montagnes ses seins pleins, et ses cheveux flottants la végétation.

Une bougie est allumée au Nord.

Et la Déesse se nomma Elle-même : Cerridwen, Déméter, Mère Maïs. Elle vit ce qui fut, ce qui est et ce qui sera, né de Sa danse sacrée et du grand plaisir cosmique, et de la joie infinie. Elle rit et la Déesse créa la Femme à Son image… Pour qu’elle soit la Prêtresse de la Grande Mère. La Déesse s’adressa ensuite à Ses filles et dit : ‘ Je suis la Lune qui illumine votre chemin et parle à vos propres rythmes. Je suis la Danseuse et la Danse. Je tourbillonne sans mouvement. Je suis le Soleil qui vous procure la chaleur dans laquelle vous étirer et grandir. Je suis Tout ce qui Sera. Je suis le Vent qui souffle à votre appel et les Eaux scintillantes qui offrent la joie. Je suis le Feu de la Danse de Vie et Je suis la Terre sous vos pieds dansants Je donne à toutes mes prêtresses les trois aspects qui sont Miens : Je suis Artémis, la Demoiselle des Animaux, la Vierge de la Chasse. Je suis Isis, la Grande Mère. Je suis Ngame, l’Ancienne qui enroule le linceul. Je serai appelée par un million de noms. Appelez-moi, mes filles, et sachez que je suis Némésis. »

Plus tard, un feu est allumé dans le chaudron et le chant commence, tout d’abord doucement :

The Goddess is alive, magic is afoot, the Goddess is alive, magic is afoot. [La Déesse est vivante, la magie est en marche.]

[ndlt : une adaptation du titre « God is alive, magic is afoot » de Leonard Cohen et Buffy St.Marie.]

Puis il devient de plus en plus fort jusqu’à devenir clameur et cris primaux. Morgan parle alors pour la dernière fois.

Nous sommes Vierges, Mères et Anciennes – toutes à la fois. Nous offrons notre énergie créée : à l’esprit des Femmes du Passé, à l’esprit des Femmes à venir, à l’esprit de la femme du présent et qui grandit. Voyez, nous avançons ensemble.

A la fin du rituel, les femmes dans l’église commencent à danser et à chanter, leurs voix s’élèvent, encore et encore jusqu’à faire trembler la toiture.

Plus tard, quelques femmes diront qu’elles ne voulaient pas que les prêtresses se tiennent à part, sur un piédestal et près de l’autel ; elles ne voulaient pas voir l’énergie envoyée « vers le haut » ; elles voulaient qu’elle vise « l’oppresseur ». En dépit de cela, passant là-dessus, la difficile alliance, explosive, potentiellement puissante entre le féminisme et l’Art  est ressentie comme une évidence part toutes, pendant la conférence de nombreuses femmes diront avoir ressenti, pour la première fois, que la nouvelle « culture des femmes » était devenue une réalité.

Morgan et ses prêtresses se retrouvent à un tournant. Ce coven Dianique est peut-être le plus féministe des groupes « traditionnels », mais cette nuit-là à Boston, de nombreuses femmes l’ont trouvé trop formel et structuré. Ces femmes sont déterminées à définir leurs propres modalités et repartir de zéro.

[…]

Voir aussi « un mythe dianique de la création » légèrement différent et sans les indications pour allumer les bougies des directions. 

La tradition dianique McFarland par J. R. Lewis

Tradition dianique McFarland

Par James R. Lewis, extrait de son livre Witchcraft Today An Encyclopedia of Wiccan and Neopagan Traditions. Traduction par Fleur de Sureau

Morgan McFarland et Mark Roberts fondèrent leur tradition dianique (qui inclut des hommes) à la fin des années 60 à Dallas, au Texas. On ignore s’il y eut des contacts entre McFarland et Z. Budapest aux environs de 1970, c’est possible. En 1972, McFarland et Roberts commencèrent à publier la revue The New Broom ; bien que populaire, elle ne fut pas, comme la plupart des périodiques sur l’Art [ndlt : l’art sorcier/magique], un succès financier et elle cessa de paraitre après quatre numéros en quatre ans.

Cependant, parce que The New Broom fit connaitre McFarland, celle-ci fut invitée par des femmes de la communauté de l’Art à Boston pour accomplir le rituel d’ouverture d’une conférence féminine. Le 23 avril 1976, Morgan McFarland dirigea 1000 femmes au cours d’un rituel à la Déesse, à l’église de la rue Arlington de Boston, pour ouvrir la Women’s Spirituality Conference de trois jours qui présenta l’Art à la plupart des participants. Après cela, le mouvement de la spiritualité féminine ne fut plus jamais le même. Peu de temps après, McFarland s’effaça de la scène nationale et Roberts mit en route une autre revue, The Harp. Mais elle aussi disparut rapidement.

Les numéros de The New Broom et The Harp peuvent être consultés auprès de the American Religion special collection à l’Université de Californie, à Santa Barbara.

Les dianiques McFarland, une chronologie

Extrait du (défunt) site The McFarland Dianic Homepage. Traduction et adaptation : Fleur de Sureau.

Ce que l’on connait aujourd’hui sous le nom des dianiques McFarland est né en 1971. A cette époque, Morgan McFarland, qui réalisait ses propres rituels personnels et solitaires depuis quelques années, rencontra Mark Roberts par le biais d’un ami commun. Mark pratiquait également à cette époque en solitaire, selon ses dires. Il dit à Morgan qu’il avait pratiqué uniquement en coven avec sa première femme dont il était divorcée. Elle l’avait initié au sein de sa tradition familiale, celle de la famille Melhuish d’Angleterre.

Cette rencontre a finalement conduit à une collaboration sorcière (ndlt : Craeft dans le texte original, l’Art sorcier) entre Mark et Morgan, et leur a ouvert des portes durant les quelques années qui ont suivi. Mark présenta Morgan à divers contacts néo-païens et issus de l’Art, et Morgan était disposée à devenir une porte-parole publique de leurs croyances mutuelles à la radio, aux talk-shows à la télé et la presse écrite. Cette réciprocité les introduisit auprès des adeptes/chercheurs spirituels de tous pays. Cela créa également une voie sans danger et une « maison (physique) sûre » pour tout adepte au Texas désireux de suivre une formation au sein des Mystères et, souvent, juste en quête de camaraderie. C’était une alliance de valeur pour Morgan et Mark à ce moment de leur vie et pour l’avenir.

C’est Mark qui indiqua à Morgan la référence aux « cultes Dianiques » dans le livre de Margaret Murray, The Witch Cult in Western Europe. Ceci parla aux croyances et pratiques de Morgan, et elle adopta l’appellation « Dianique » comme celle de sa tradition. Jusque là, ses croyances n’avaient jamais porté de nom. A partir de ce moment, Morgan disait simplement qu’elle était une Sorcière Dianique.

[En raison de l’engagement de Morgan envers le féminisme et son travail au sein de la Libération de la Femme, et parce que sa tradition se concentre sur la Triple Déesse en tant que Créatrice Suprême, le terme « Dianique », lorsqu’adopté par d’autres cercles dédiés, devint synonyme de cercles exclusivement féminins ou féministes politiques radicaux. Bien que les covens Dianiques McFarland épousent le féminisme en tant que concept global, l’exclusion des hommes d’un coven est uniquement le choix de prêtresses singulières. Tous les genres sont  bienvenus et initiés au sein des covens Dianiques McFarland.]

A la fin de l’été 1971, Morgan commença pour la première fois à coucher par écrit ses leçons orales. Les rituels et Mystères que les Dianiques McFarland continuent de copier à partir du livre de chaque Grande Prêtresse sont ceux de Morgan. Bien que Mark ait déclaré en plusieurs occasions auprès de nombreuses personnes qu’il pratiquait des rituels similaires lorsqu’il était marié à une prêtresse de la famille Melhuish, Morgan n’a jamais été mise dans le secret de ces pratiques Melhuish et n’a jamais vu aucun rituel Melhuish écrit (ou autre rituel Dianique). Que Mark ait prêté ou non serment, il ne pouvait et n’a pas initié Morgan dans le cadre d’un coven auquel Mark n’appartenait plus.  Le Covenstead of Morrigana où Mark a été le Grand Prêtre pendant plusieurs années se basait sur, et transmettait uniquement, les Mystères de Morgan McFarland.

Le premier coven « McFarland » se constituait simplement de Morgan, de sa Maiden et de Mark. Au fil des années le covenstead s’agrandit et devint trois cercles actifs distincts. Le coven initial était composé d’hommes et de femmes. Le second  était exclusivement féminin. Le troisième était à l’origine constitué de gens mariés et de leurs enfants, bien que plus tard des parents célibataires l’intégrèrent. Ce troisième coven était plus flexible par rapport aux heures du jour ou de la nuit où il célébrait ses rituels lunaires et aussi quant à la manière dont il les présentait, de façon à ce que les enfants des initiés puissent prendre part au cercle aussi souvent que possible. Les trois covens, néanmoins, étaient unis les uns aux autres par les mêmes Mystères et parfois par des partages mutuels.

Dès ses débuts, le covenstead initial de Morgan avait pour but de former des femmes à devenir Grandes Prêtresses qui iraient essaimer et créer leurs propres covens. Ces nouveaux cercles étaient destinés à regrouper les gens venant du Covenstead of Morrigana et les nouveaux initiés.

Morgan croyait au final que le Covenstead of Morrigana se dissoudrait en des cercles en constante évolution qui conserveraient les Mystères mais néanmoins se diversifieraient de plus en plus dans leurs célébrations.

Mark Roberts a servi en tant que Grand Prêtre auprès de  Morgan McFarland jusqu’au début de l’année 1977. Leur dernier rituel ensemble a été célébré avant l’équinoxe de printemps de cette année-là. A ce moment, Mark annonça son départ du covenstead physique et métaphysique afin de pouvoir se consacrer et avancer sur une autre voie plus personnelle.

Cette decision avait germé un an auparavant ou plus tôt encore quand Mark a commencé à créer une série de leçons par correspondance pour les aspirants, fondée sur des rencontres pré-initiatiques Dianiques appelées leçons du Bosquet et sur des idées plus axées sur la Nature basées sur les concepts de Findhorn. Mark appelé son enseignement « Footsteps on a Dianic Path. » Les partages initiaux, publiés par Mark et édités par quelques prêtresses du Covenstead of Morrigana, dont Morgan McFarland, demeurent parmi les outils de l’apprentissage  néo-païen les plus fondamentaux qui existent encore. Ils ne devraient pourtant pas être considérés comme Dianiques McFarland puisque leur seul auteur est Mark Roberts.

Par conséquent, lorsque Mark décida en 1977 de dédier sa vie à sa nouvelle voie qu’il appelait « Hyperborea, » Morgan et lui mirent fin à leur relation personnelle et Craeft-néo-Païenne. Hyperborea devait être le terrain d’entrainement pour la tradition Faerie Faith. Il prétendit plus tard qu’elle lui avait été transmise par Margaret Lumley-Brown en Angleterre, en 1963. Contrairement à la tradition de la famille Melhuish, il n’avait jamais fait mention de l’existence de cette tradition.

Morgan prit sa retraite au solstice d’été 1979, remettant le dernier Coven of Morrigana existant à l’une des Grandes Prêtresses qu’elle avait initiées. Plus tard, lorsque toutes les femmes de ce coven essaimèrent, Morgan devint une solitaire. Toujours solitaire, elle sert à présent en tant que conseillère auprès du concile McFarland Dianic et en tant que matriarche.

Equinoxe de printemps, 2000.

Mystères et Secrets

Mystères et Secrets

Par Penny and Michael Novack © (texte datant du début des années 70 mais extrait du défunt site The McFarland Dianic Homepage, 2001), traduction et adaptation Fleur de Sureau

Le désarroi de quiconque ayant compris le plus élémentaire des « mystères » réside toujours dans le fait qu’un mystère ne peut être dit ou même montré facilement à quelqu’un d’autre. Tandis qu’un « secret » peut être raconté à n’importe qui, qui le répètera à d’autres, cela restera le même secret. Pourtant, il semble qu’un nombre incroyable de gens croient  les deux termes synonymes.

Au cours des mystères éleusiniens se déroulait une scène profondément significative dans laquelle un épi de blé était présenté – le sens étant que le « blé est la vie ». Et vous et moi pouvons parler de cela, mais à moins que nous comprenions ce mystère, à moins que nous en soyons pénétrés et profondément transformés dans notre perception de la réalité à ce moment, alors tout ce que nous avons appris est un « secret répété ». Nous n’avons pas été initié.

Ce qui est vraiment frustrant à propos des mystères, c’est qu’ils ne peuvent être enseignés, ils doivent être expérimentés. En fait, révéler à la plupart des gens la teneur qui semble apparente des « secrets » peut les aveugler aux réelles profondeurs des vrais mystères, la grande mer de l’indicible, l’inexprimable. Ils resteront fixés sur les signes extérieurs, les emploieront comme un tampon contre l’ouverture de leurs yeux inhérente aux vrais mystères. Comme avec un moine zen, l’enseignant doit « tromper » le néophyte dans l’éveil. Comme avec Don Juan, ce qui semble se passer, ce qui semble être enseigné, est une ruse (un procédé pour se rapprocher suffisamment de cet état réceptif qu’est l’authentique perception, qu’est la compréhension du mystère.

S’il était si facile de dire à quelqu’un les mystères pour les lui présenter, alors ceux qui les ont saisis les DIRAIENT simplement. Et tout le monde deviendrait sage et éveillé, conscient dans la gloire de l’unité d’une chose. Mais lorsque les gens essaient d’en PARLER, c’est illusoire, ils deviennent des paniers vides.

Un mythe dianique de la création

Par Morgan McFarland, traduction par Fleur de Sureau.

Voir aussi l’extrait du livre de Margot Adler qui explique le contexte de ce texte rituel et donne une version légèrement différente.

Dans le moment infini précédant tout temps
la Déesse émergea du chaos
et donna naissance à Elle-Même.

C’était avant que toute autre chose soit née… Pas même Elle.
Et lorsqu’Elle sépara les cieux des eaux
Elle dansa sur eux.
Alors qu’Elle dansait, ainsi Son extase grandit.
Dans cette extase, elle créa tout ce qui est.

Ses mouvements créèrent le vent et l’élément Air naquit et souffla,
Et la Déesse se nomma Elle-même :
Arianrhod, Cardéa, Astarté

Et des étincelles jaillirent de Ses pieds dansants afin qu’Elle brilla comme le Soleil,
et les étoiles se prirent dans Ses cheveux. Les comètes filèrent à Sa suite, et l’élément du Feu naquit.

Et la Déesse se nomma Elle-même :
Sunna, Vesta, Pelé

Autour de ses pieds les eaux tourbillonnèrent sous la forme de raz-de-marée, de rivières et de vifs ruisseaux.

L’élément Eau se mit en mouvement.
Et Elle se nomma Elle-même :
Binah, Mari Morgaine, Lakshmi

Et Elle voulut reposer ses pieds de leur danse,
Et Elle engendra la Terre afin que ses rives soient son repose-pieds, les terres fertiles son utérus, les montagnes ses seins pleins, et ses cheveux flottants la végétation.

Et la Déesse se nomma Elle-même :
Cerridwen, Déméter, Mère Maïs

Elle vit ce qui fut, ce qui est et ce qui sera,
né de Sa danse sacrée et du grand plaisir cosmique,
et de la joie infinie.

Elle rit et la Déesse créa la Femme à Son image,
pour qu’elle soit la Prêtresse de la Grande Mère.

De Ses Eléments ; la Terre, l’Air, le Feu et l’Eau,
la Déesse créa pour Elle-même un Consort –
pour l’amour, le plaisir, l’amitié et le partage.

La Déesse s’adressa ensuite à Ses filles et dit :

« Je suis la Lune qui illumine votre chemin et parle à vos propres rythmes.
Je suis la Danseuse et la Danse.
Je tourbillonne sans mouvement.
Je suis le Soleil qui vous procure la chaleur dans laquelle vous étirer et grandir.
Je suis Tout ce qui Sera.
Je suis le Vent qui souffle à votre appel et les Eaux scintillantes qui offrent la joie.

Je suis le Feu de la Danse de Vie
et Je suis la Terre sous vos pieds dansants

Je donne à toutes mes prêtresses les trois aspects qui sont Miens :
Je suis Artémis, la Demoiselle des Animaux, la Vierge de la Chasse.
Je suis Isis, la Grande Mère.
Je suis Ngame, l’Ancienne qui enroule le linceul.

Je serai appelée par un million de noms.
Appelez-moi, mes filles, et sachez que je suis Némésis. »

Nous sommes Vierges, Mères et Anciennes – tout à la fois.
Nous offrons notre énergie créée :
à l’Esprit des Femmes du Passé,
à l’Esprit des Femmes à Venir,
à l’Esprit de la Femme Présente et qui Grandit.

Contemplez, nous avançons ensemble.

(C’est l’histoire racontée par Morgan, initialement au début des années 70).

Polythéiste et Monothéiste

Les sorcières féministes sont souvent des monothéistes vénérant la Déesse Unique, Morgan McFarland, qui était à la tête du Dallas convenstead of Morrigana, m’a dit :

«Je me considère comme une polythéiste, comme dans la déclaration faite par Isis dans l’Âne d’Or, lorsqu’elle dit, ‘De moi proviennent tous les dieux et déesses existants ‘. De sorte que je me perçois monothéiste puisque je crois en la Déesse, la Créatrice, le Principe Féminin, tout en reconnaissant que les autres dieux existent à travers elle, comme des manifestations d’elle-même, des facettes du Tout. »

Extrait de Drawing down the Moon par Margot Adler.

Traduction : Fleur de Sureau

L’Écologie et l’Art [Sorcier]

Fleur de genêt

Lorsque j’ai commencé mes recherches dans les années 1970, j’ai rejoint l’Art en partie parce que c’était une « religion écologique, » et je supposais que la préoccupation écologique était l’un des deux ou trois liens qui unissaient tous les néo-païens, l’un des points indiscutables. J’avoue que j’avais tendance à penser que tout ceux qui n’éprouvaient pas ce sentiment n’étaient pas de « vrais païens » ou étaient des personnes qui n’avaient pas encore fait de liens entre leur croyance et leur vie quotidienne.

La plupart de ceux que j’ai interviewé de vive voix ont convenu que « le respect de la terre et de la nature » était un lien commun aux Païens.

Leo Martello a écrit « le Néo-Paganisme est une religion pré-Judéo-Chrétienne des adorateurs de la nature : des écologistes spirituels. »

Morgan McFarland a dit, « une vision païenne du monde consiste à dire que la Terre est la Grande Mère et qu’elle a été violée, mise à sac et pillée, et qu’elle doit à nouveau être honorée si nous voulons survivre. Le paganisme signifie un retour à ces valeurs qui comprennent la nécessité d’une situation équilibrée écologiquement pour que la vie continue et de révérer à nouveau la Grande Mère. Si la nature disparaît, tout mes efforts spirituels partent en fumée. L’écologie et le paganisme cherchent tout deux à restaurer l’équilibre de la nature. Si vous ne vous impliquez pas dans l’écologie, vous n’êtes pas vraiment dans le paganisme. »

Le partenaire de Morgan, à cette époque, Mark Roberts, était même plus catégorique. « L’écologie ne doit pas être un point contestable au sein de l’Art, » a-t-il dit. « Si notre but est de chercher une connexion avec la nature et que la nature avec laquelle nous cherchons cette connexion est empoisonnée, alors nous devons devenir des militants religieux. Nous devons être les chapelains du mouvement écologique, au strict minimum, si ce n’est dans les premiers rangs de la bataille. »

Extrait de Drawing down the Moon par Margot Adler.

Traduction : Fleur de Sureau

Notre religion est la réalité

Le cercle est un agréable mécanisme de défense qui permet de s’évader du 20ème siècle et, à notre époque, nous avons besoin d’un tel lieu où nous échapper. Mais nous devons également apporter des réponses au reste de notre vie extérieure. Si nous ne constituons pas une alternative, nous ne pratiquons pas notre religion. C’est aussi simple que cela. Nous ne sommes pas une religion transcendantale. Nous n’essayons pas de transcender la nature. Notre religion est la réalité.

— MARK ROBERTS, prêtre dianique

Extrait de Drawing down the Moon par Margot Adler.

Traduction : Fleur de Sureau