Filer la « laine » du saule & sa magie

Nous sommes début mai, les chatons femelles des saules marsault ont été fécondés et leurs graines cotonneuses sont à présent en train de se disperser.  J’ai récupéré un peu de ce « coton » pour le filer.

Dans certaines traditions populaires, ce coton possède des qualités apotropaïques.

Selon le folkloriste écossais Carmichael, on pensait autrefois que les chatons « laineux » du saule possédaient le pouvoir de protéger le lait. On filait la « laine » de ces chatons en récitant ces vers :

Je cueillerai la laine des chatons,
Comme la mère de Dieu l’a cueillie de sa main
Pour la chance, pour les vaches, pour la traite,
Pour les troupeaux, pour la prospérité, pour le bétail.

Puis, cette laine était retordue pour en faire un fil que l’on plaçait sous le lait afin de le protéger des mauvais esprits.

Ce « coton » ou « laine » de saule étant une fibre très courte et n’en ayant récolté qu’une petite poignée, je l’ai simplement cardé et ajouté à une autre fibre végétale : du lin. Je me suis amusée à en faire un fil un peu fantaisie que j’ai tricoté et utilisé pour réaliser une petite pochette. Pochette qui pourra me servir à glisser de petits objets ou la photo de personnes pour un travail magique, de protection ou autre.

 

Tradition Faerie Faith : Comprendre les « Arbres », le Saule

Extrait de la thèse : The Faerie Faith and the Beth-Luis-Nion Celtic Lunar Tree Calendar par James Clifford Landis. Traduction : Fleur de Sureau. Pour revenir au menu, c’est ici.

Le saule correspond à la cinquième lune de l’année. Son nom gaélique est Saille (prononcé à l’anglaise « Sahl’ yeh »).

Le glyphe pour le saule est « Je suis un faucon sur la falaise. »

  • Utilisations de la plante et folklore

En 1827*, un chimiste français a isolé le principe actif de la reine-des-prés que l’on a découvert plus tard dans la sève et l’écorce du saule et à qui l’on a donné le nom de salicine. Puis on obtint l’acide salicylique et finalement, à la fin du XIXe siècle, l’acide acétylsalicylique, qui est plus communément appelé aspirine analgésique. » (Vickery 401.)

Cependant, avant l’apparition de l’aspirine, le saule était généralement connu pour soulager les maux d’oreilles, les maux de tête et les maux de dents. Soit en préparant une décoction à partir de l’écorce et de la sève, soit en mâchant de jeunes rameaux de saule (Vickery 401).

Le folklore a longtemps associé le saule à la tristesse et au deuil. Le psaume 137 évoque les israélites qui suspendent leurs harpes aux saules sur les rives qui bordent les fleuves de Babylone, alors qu’ils pleurent Sion. Plus tard, porter du saule au chapeau signalait le chagrin de l’amoureux éconduit. Au XIXe siècle, le saule pleureur était représenté sur les pierres tombales et les faire-part de deuil (Vickery 400).

  • Mythologie et symboles

Plus que n’importe quel autre arbre, le saule est décrit comme sacré pour la Déesse et pour ses adoratrices, les sorcières. De nombreuses représentations de la Déesse sous l’aspect de la mort ou de « crones » portent le saule sacré. Les mots « witch » (sorcière en anglais), « wicked » (malfaisant) et « wicker » (osier) découlent de la racine indo-européenne (weik) pour willow (saule). Les sorcières vénèrent la Déesse Lune, et « le saule lui est consacré pour de nombreuses raisons ; c’est l’arbre qui affectionne le plus l’eau, or la déesse de la Lune passe généralement pour la dispensatrice de la rosée et de l’humidité » (Graves 173). Le saule (helice en grec, salis : en latin) donna son nom à Hélicon, le séjour des Muses.

Le « balai de sorcière » dans la campagne anglaise est encore composé d’un manche de frêne et de petites branches de bouleau liées par de l’osier : les branches de bouleau pour qu’à l’expulsion des mauvais esprits il n’y en ait pas à demeurer empêtrées dans le balai et le manche de frêne en guise de protection contre la noyade […] les ligatures sont en osier en l’honneur d’Hécate.  (173)

Il semble même que porter du saule au chapeau comme signe de rejet était une mesure de protection envers la jalouse déesse Lune.

  • Energies

La fête de Mai (Beltane) tombe pendant ou peu de temps après la lune du saule, et avec elle les leçons de mort et renaissance de l’Homme d’Osier (Wicker Man) et du Roi Sacrificiel. C’est seulement à travers le sacrifice et la mort que nous pouvons espérer une vie à venir. Nous devons sacrifier plantes et animaux pour survivre. Nous devons abattre des arbres pour construire des maisons. La Nature se sacrifie encore et encore pour assurer notre avenir, nous ses enfants. Et par conséquent, nous devons être semblables au « faucon sur la falaise », nous devons être conscients de notre environnement. Ainsi que de la façon dont nous affectons les autres.

C’est une période de choix. Au cours de la lune du saule, les gens veulent souvent abandonner leurs projets qu’ils ont élaboré et en démarrer de nouveaux. Mais l’étudiante doit être capable regarder dans l’avenir aussi bien que dans le passé, pour décider si le présent est le moment approprié pour prendre son « envol ». Elle doit avoir une vision claire, afin de discerner si c’est le bon moment. Cependant, si les gens se voient refuser l’opportunité de « s’envoler » à ce stade, du ressentiment peut émerger.

Ce ressentiment peut être éprouvé suite à une épreuve douloureuse, une injustice, un amour contrarié, la violation de limites, face à la colère. Pourtant, le plus souvent au cours de ce mois, nous éprouvons du ressentiment pour aucune raison apparente ou une quelconque provocation. (Kerr, « Lunaires »).

L’étudiante doit se souvenir des leçons du Bouleau et être consciente d’elle-même et de ce qui l’entoure, pour s’assurer de prendre la bonne décision.

* Ndlt : si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire l’article « Du saule à l’aspirine« , qui fournit des dates et autres infos plus justes et précises.

Arcane XVIII La Lune

« Deux choses lune, l’autre c’est le soleil » — Jacques Prévert

Beaucoup d’interprétations et d’analyses définissent le symbolisme de la Lune en corrélation avec celui du Soleil. Privée de lumière propre, elle reçoit et reflète les rayons du soleil au risque de dispenser mensonges et illusions. Alors que le premier règne et répand des gouttelettes d’intelligence active apportant joie, chaleur et satisfaction partagée, la lune aspire et puise les énergies comme une éponge. Décrite comme un état, évoquant les rêves et la mélancolie, son royaume se reflète sur une étendue d’eau sombre,  fertile et effrayante comme un marais nocturne.

Son cycle immuable, son apparence changeante, sa face souvent cachée lui ont valu les traits d’une femme et les attributs éculés qui vont avec. Il est courant de lui associer l’obscurité, les angoisses, la folie, la tristesse, le mensonge et bien sûr la paresse sinon le tableau ne serait pas complet.

Je vous propose de changer notre point de vue et de redonner à l’arcane XVIII le blason argenté qu’elle mérite.

« L’imagination est plus importante que la connaissance. Car la connaissance est limitée, alors que l’imagination embrasse l’univers tout entier » — Albert Einstein.

Le tarot de Marseille utilisé est l’édition de 1930 de Paul Marteau édité par Grimaud. L’arcane de la lune porte le numéro XVIII. Il est rattaché à la famille des planètes et son illustration se divise en trois plans.

Le plan céleste montre la lune, elle-même, personnifiée de profil. Elle est croissante et son visage est celui d’une femme plutôt âgée au regard tourné vers la gauche. L’astre est entouré de rayons courts principalement bleus et blancs, alternés de rouges. Il est cerné de gouttelettes rouges, jaunes et bleues qui montent à sa rencontre. La couleur bleu foncé domine évoquant son aspect féminin et réceptif. La lumière est diffuse. Les gouttelettes accentuent son caractère attractif.

Le plan terrestre comporte en fond deux tours jaunes. L’une a un créneau ouvert, l’autre un créneau fermé.  Au premier plan deux chiens couleur chair se font face, gueule ouverte. Ils semblent aboyer ou aspirer les gouttelettes. De la végétation est timidement représentée au centre. Construit de façon binaire, le plan terrestre met en évidence la complexité de la nature humaine par le biais de deux instances psychiques distantes.

  • Les chiens incarnent l’aspect instinctif et animal, les pulsions et la vie fantasmatique.
  • Les tours évoquent les constructions individuelles rattachées au domaine de l’acquis et de l’appris.

Le plan aquatique est formé d’une étendue d’eau bleu sombre à la surface oscillante. Une écrevisse démesurée se dresse au milieu pinces tendues vers le ciel. Ce plan n’a pas d’effet réel, mais constitue plutôt le contenant des autres plans. Sa surface striée revêt l’aspect d’un miroir déformant la réalité faisant d’un petit crustacé un monstre gigantesque.

Cette représentation en trois plans distincts révèle le monde intérieur et le psychisme humain avec ses richesses et ses dangers.  L’imaginaire est une source d’évolution dans le cadre de la création, mais aussi de perdition lorsqu’il verse dans l’illusion. Il peut produire des œuvres magistrales ou des fantasmes aliénants.  Les tours nous rappellent la nécessité d’un sens solide des réalités pour que l’expression des pensées intuitives puisse trouver un écho et se matérialiser. Cela peut se traduire par une démarche active à destination de ses rêves. S’en souvenir, les noter et mettre en place un outil pour leur offrir un espace créatif qui nous fera passer de l’état d’objet à l’état de sujet.

L’arcane XVIII nous demande un travail d’unification de ces trois plans distincts. Chacun recelant ses propres ambivalences.

L’eau figure la perte et le naufrage, mais aussi la régénération, la purification et la possibilité de se ressourcer.

La terre manifeste une pensée rationnelle, logique, fiable, mais aussi limitée.

Le ciel révèle la faculté métaphysique et la transcendance de l’imaginaire.

Tout repose dans notre capacité individuelle d’organiser ce qui est chaotique et de construire un environnement harmonieux. Tout comme l’asservissement aux sens et aux plaisirs terrestres nous conduit vers l’esclavage et la dépendance, la vie imaginaire demande de la maîtrise pour devenir libératrice et éclairante, et ne pas nous affaiblir, nous détruire et nous perdre.

L’arcane nous éclaire sur l’activité fondamentale de l’inconscient, aspect de la vie intérieure qui semble nous échapper. Nos pensées perpétuellement actives subissent des variations quantitatives (classement des niveaux de conscience de 1 à 7 allant de la vigilance excessive au « coma »), mais aussi qualitatives, attribuées à nos perceptions personnelles de la réalité et à nos ressentis vis-à-vis de celle-ci. Ces variations nous éloignent de la paix mentale et de l’état de sérénité que nous recherchons. Il semble plus aisé de maîtriser son corps que de maîtriser ses pensées. La lame XI du tarot qui suggère cette maîtrise est La Force qui se trouve bien avant La Lune arcane XVIII. Cette chronologie nous indique peut-être que pour accéder à la maîtrise du mental il faut d’abord passer par celle du corps. C’est le principe fondateur du yoga.

 « La lune est le rêve du soleil » — Paul Klee

Malgré mon introduction un peu rageuse, genre « mort au patriarcat du Soleil », on ne peut pas lui soustraire sa représentation du féminin maternel et réceptif. Elle est la mère cosmique qui veille et protège dans l’obscurité.

Dans le cadre d’un tirage divinatoire, elle fait souvent référence à la mère et aux relations qu’on entretient avec elle. Elle nous demande une réflexion sur notre conception du féminin et nous conseille de prêter attention à nos intuitions ou de les développer. Le thème de la maternité et de la fertilité au sens propre comme au sens figuré sont au centre de la réflexion.

Lorsque la consultation porte sur la vie professionnelle La Lune peut annoncer des changements et des prédispositions pour les activités artistiques nécessitant imagination, poésie et créativité. Les professions liées aux sciences humaines comme la psychologie, la sociologie, la tarologie, l’astrologie sont favorisées. Elle induit l’idée d’un succès apporté par les autres, où la popularité, le public et la clientèle peuvent jouer un rôle important.

Au niveau de la santé, elle peut évoquer le vague à l’âme ou les coups de cafards quand elle est mal aspectée. Elle pointe du doigt la nécessité de se ressourcer, de se purifier et de surveiller son circuit lymphatique.

Fern

Restes du bouclier celte de Leicester, daté de 255 à 395 avant notre ère.

Fern F

Aulne

Mot clé : Protection

MM : airech fian bouclier des groupes de guerriers, avant-garde de guerriers ou bande de chasseurs

MO : comèt latcha Protection du lait. Contenant pour le lait i.e  un bol

CC din cridi Bouclier du cœur, protection du cœur

Color : flann — rouge sang

Tree : fern Aulne

Oiseau : faelinn — goéland / mouette

Note (de musique) : do

Planète : Pallas

Le mot Fern est relié au gallois Gwern et à l’aulne. La valeur de la lettre attribuée est V, mais aussi F. Ce fid est l’Aulne et son bois fut longtemps utilisé pour la fabrication des boucliers. C’est pour cela que le mot clé est protection.  Son association au bouclier relie ce fid aux combattants et aux militaires et par extension a tous ceux qui utilisent la force pour protéger comme la police ou les pompiers, mais aussi les personnes qui font office de bouclier pour les autres. Cela peut évoquer le personnel qui travaille dans les plannings familiaux, les militants politiques qui se mettent en danger, les activistes écologiques qui s’enchaînent aux arbres ou qui s’interposent entre les baleines et ceux qui les chassent.

On utilise aussi le bois d’aulne pour fabriquer des seaux ou des bols ce qui explique sa traduction de gardien du lait ou de réceptacle pour le lait. Dans une société où l’élevage tient une place importante, le lait occupe une place de choix dans l’alimentation et les produits laitiers sont des produits de base. Les guerriers de la société celte étaient souvent des seigneurs du bétail qui possédaient et protégeaient les éleveurs, source de cette nourriture. Les attaques pour le bétail étaient une activité régulière.  Beaucoup de récits des légendes irlandaises se rapportent aux attaques d’autres tribus, dont le Tain Bo Cuailnge (la Razzia des Vaches de Cooley) un des plus connus.

 Flann , la couleur rouge sang ,relie ce  fid à la chasse et aux chasseurs . Une des traductions possibles du mot d’ogam « bouclier de groupes de guerrier » est « avant-garde des groupes de chasse ». Le vieil irlandais  fland signifie le sang frais versé. Il est en relation avec le sang versé et la mise à mort des animaux pour maintenir la vie des hommes et de la société. Flann (rouge sang), cité ici, suggère que Fern partage des valeurs communes avec Ruis , autre déclinaison du rouge dans les couleurs de l’ogam.  Dans tous les cas, Fern suggère l’idée d’être prêt à se protéger soi ou les autres et de se préparer en prévision d’une effusion de sang.

Fern est aussi un fid qui implique un bouclier émotionnel et une protection. Les guerriers protègent ce qui est aimé et le contenant (bol) protège ce qu’il contient. Le mot ogam protection du cœur relie puissamment ce fid avec la force émotionnelle et la possibilité de préserver soi ou les autres d’une blessure émotionnelle. Lors d’une lecture divinatoire mal aspectée avec Quert (pommier), il peut conseiller d’être prudent émotionnellement ou de prendre garde aux abus émotionnels et aux manipulations.

Fern comme l’astéroïde Pallas évoque Pallas Athena la grande patronne et protectrice de la ville d’Athènes.  Elle est la lance et le bouclier avec lesquels nous protégeons notre personne et ce qui nous est cher. Prête à faire couler le sang pour ce qui lui appartient, elle est aussi une Déesse de la Sagesse et déchaîne sa violence uniquement lorsque c’est judicieux et nécessaire.

Bien entourée dans un tirage, elle suggère que nous sommes protégés émotionnellement ou que nous sommes à l’abri des blessures. Peut — être que nos émotions sont hors de portée des manipulations. Cela implique un refuge ou un espace protégé dans lequel on est en sécurité.

L’approche chtonienne (terre) de Fern peut évoquer les combattants ou les militaires. Il fait dans ce cas référence aux problèmes de sécurité physique et de protection. La police, les pompiers et tous ceux qui protègent physiquement les autres et les lieux peuvent être évoqués ici. Les interactions positives et négatives vont dépendre des feda qui l’entourent.

Son courant « océanique » (eau) est plus émotionnel, évoquant à la fois les protections et les vulnérabilités émotionnelles et suggérant un besoin d’autonomie ou la capacité à maintenir une autonomie émotionnelle .Cette approche relie Fern au chasseur et à la chasse dans le cadre d’une relation rituelle saine et appropriée où le chasseur et le chassé ne font qu’un et sont reliés par le cœur . Pour de nombreuses sociétés traditionnelles, la mort de l’animal chassé est considérée comme un don volontaire. Il se manifeste au travers de la chasse pour le bénéfice de la tribu. Dans l’idéal cette relation est amour inconditionnel, besoin, gratitude et respect mutuel.

Sur le plan céleste, Fern traite de la maîtrise voire de la sublimation des énergies et des émotions. Il suggère un examen minutieux des émotions et d’y travailler dans le creuset de son chaudron intérieur sur le chemin des incantations .  Fern nous enjoint d’anticiper et de préparer ses défenses si c’est nécessaire. C’est aussi une protection contre la maladie en particulier celles qui se basent sur les émotions ou qui sont exacerbées par le stress émotionnel ou le surmenage.

Ce fid peut être utilisé en magie pour la protection et la création de murs émotionnels, en particulier pour les situations où les ressentis sont mauvais et où réside le danger d’abus ou de dommages émotionnels. Cela peut aider à renforcer l’autonomie personnelle et émotionnelle quand apparaît la sensation d’être débordé et dominé par les autres.  Il peut être utilisé aussi pour la protection des personnes situées en zone dangereuse, comme les troupes militaires en zone de guerre, les pompiers qui se rendent dans de bâtiments en feu ou les militants sous le coup de violences policières. Il est aussi utile pour la magie de la chasse.

Dans le cadre de soins, il peut être utilisé pour protéger des afflictions et conjurer les maladies. Fort de ses résonances émotionnelles il peut être efficace pour rééquilibrer et apaiser les douleurs liées aux émotions. Dans ce cadre, son utilisation est pertinente lorsqu’il faut faire face aux maladies du cœur physique.

Question : Comment me mets-je à l’abri ? Qu’ai-je à l’intérieur ?

Concepts reliés:  Protection émotionnelle et physique, murs, ce qui est contenu, combattants ou militaires, chasseurs et chasse, préparer et être préparé.

Erynn Rowan Laurie

Ogam

Weawing word wisdom

Religion des Celtes

Extrait du Dictionnaires des Religions, Mircea Eliade et Ioan P. Couliano. Plon, 1990.

Religion des Celtes

  • Population et langue.

Les Celtes apparaissent dans l’histoire au Ve siècle AEC et s’installent sur une aire qui va de la presqu’île Ibérique à l’Irlande et à l’Angleterre, jusqu’en Asie Mineure (les Galates).
Ils s’identifient à ce qu’on appelle la « culture de La Tène » ou Second Âge du fer. Leur expansion est freinée par les Germains, les Romains et les Daces. En 51 AEC, César conquiert la Gaule. Des Celtes se maintiennent encore, sous domination étrangère, en Angleterre et en Irlande. Aujourd’hui, les langues celtiques ne sont plus parlées en dehors de la zone insulaire (l’irlandais, le gaélique et le gallois) et sur la côte bretonne, en provenance d’Angleterre et non pas des anciens Gaulois.

  • Sources.

À cause de l’interdiction faite aux druides de fixer leurs connaissances secrètes par écrit, il n’y a pas de documents directs concernant la Gaule, à part les monuments influencés par l’art romain. En revanche, les sources indirectes, de Jules César jusqu’à Diodore de Sicile et à Strabon, sont abondantes.
La situation est différente dans le cas des Celtes insulaires, où les renseignements directs sont riches, mais proviennent en général de sources médiévales parfois influencées par le christianisme. Plusieurs manuscrits irlandais du XIIe siècle EC fixent par écrit d’anciennes traditions. Deux fameuses collections du XIVe siècle, le Livre Blanc de Rhydderch et le Livre Rouge de Hergest, contiennent des traditions galloises, comme celles du recueil appelé Mabinogi.

  • La religion de la Gaule

La religion de la Gaule ne nous est parvenue qu’à travers l’interprétation donnée par les Romains. César mentionne un dieu suprême qu’il identifie à Mercure et quatre autres dieux, respectivement identifiés à Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Bien que ce témoignage soit fort controversé, il paraît assez fondé à la lumière de l’archéologie. Mercure doit être le dieu, dont survivent de nombreuses statuettes, que les Irlandais appellent Lugh. Son nom est attesté dans bien des toponymes.
Puisque les Celtes offraient des victimes humaines à trois divinités (Teutates, Esus et Taranis), chacune d’elles pourrait, à la rigueur, être le Mars de Jules César. Teutates paraît plutôt un nom générique signifiant « dieu de la tribu » (cf. l’irlandais tuath, « petit royaume tribal »).
Plusieurs concurrents s’offrent pour le titre d’Apollon et il n’est pas aisé de choisir entre eux. Plus de quinze noms, comme Belenus, Bormo, Grannus, etc., le désignent.
Le Jupiter gaulois, était l’ancêtre mythique des druides. Il n’a pas été identifié.
Minerve s’identifiait à plusieurs divinités locales, comme le montrent l’iconographie aussi bien que les inscriptions votives. En Irlande, l’une de ces divinités était Brighid, associée à la poésie, à la médecine, à la technique. Sa personnalité mythique et sa fête ont toutes deux survécu sous le déguisement que lui a fourni la sainte chrétienne Brigitte (Brighid de Kildare).
Les monuments figurés conservent l’aspect et le nom de plusieurs autres divinités, comme les dieux sylvestres Sucellus et Nantos, et surtout le dieu Cernunnos (« cornu »), qui porte des cornes de cerf.

  • Les traditions irlandaises

Les traditions irlandaises nous racontent l’histoire mythique de l’île depuis le déluge. Les premiers immigrés subissent constamment les attaques des Fomhoires, des êtres méchants venus d’outre-mer. Une nouvelle vague d’immigrés amène les lois et la société civile. Ils sont suivis par les Tuathas Dé Dananu, « les tribus de la déesse Dana », initiés au savoir magique et possesseurs de plusieurs objets magiques (la lance de Lugh qui assure la victoire, l’épée inexorable du roi Nuadhu, le chaudron inépuisable de Daghdha et une pierre qui sert à choisir le vrai roi). Les Tuathas Dé Dananu sont conduits par le dieu Lugh lui-même dans la grande bataille de Magh Tuiredh contre la race des Fomhoires, qui, vaincue, sera bannie à jamais d’Irlande. C’est après la bataille que parviennent à l’île les premiers Celtes, en provenance d’Espagne. Leur voyant Amharghin, qui sait, par son pouvoir occulte, neutraliser la réserve légitime des Tuathas devant les nouveaux arrivants, met ainsi le pied sur la terre irlandaise. Mais les relations entre Celtes et Tuathas resteront tendues, comme le montrent les diverses batailles qu’ils se livrent. Finalement, les Tuathas se retirent dans le monde souterrain et cèdent l’espace visible aux Celtes.

  • L’institution druidique

L’institution druidique était associée en Irlande à Uisnech, le « centre » du pays, lieu consacré où avaient probablement lieu les grandes fêtes saisonnières.
La royauté celtique était sacrée. Elle s’obtenait après le contact sexuel du futur roi avec la déesse représentant son royaume ou avec un substitut de la Grande Déesse équine (Rhiannon, l’Epona gauloise, etc.). En effet, dans sa Topographie de l’Irlande (XIIe siècle), Gérard de Cambrai parle du sacre du roi irlandais, dont la scène centrale serait l’accouplement en public du futur roi avec une jument blanche dont la viande bouillie sera ensuite mangée par l’assemblée.

  • Le cycle héroïque

Le cycle héroïque dit d’Ulster a pour protagoniste le jeune Cu Chulainn, qui réside à la cour du roi Conchobar à Ulster. La reine Medhbh de Connacht envoie une armée pour se saisir du taureau brun de Cuailnge et les gens d’Ulster, envoûtés, ne sont pas capables de lui opposer résistance. Mais Cu Chulainn luttera tout seul contre l’armée des adversaires, et un combat farouche entre le taureau brun de Cuailnge et le taureau de Connacht mettra fin à l’épopée. La carrière du demi-dieu Cu Chulainn sera brève, car ses ennemis le tueront par des moyens magiques.
Un autre héros mythique est Fionn mac Cumhail, chef du Fian, une confrérie d’initiés guerriers. Comme Cu Chulainn, Fionn possède des pouvoirs magiques, qu’il utilise pour éliminer les forces surnaturelles qui menacent son pays.

  • Les traditions galloises

Les traditions galloises sont préservées en premier lieu dans un recueil, improprement appelé Mabinogi, qui consiste en des récits composés fort probablement au cours des XIe et XII siècles EC. Parmi les onze pièces contenues dans le Livre Rouge de Hergest (vers 1325), deux n’ont pas d’importance et trois semblent résumer la matière de trois romans arthuriens, encore assez récents à l’époque, de Chrétien de Troyes (XIIe siècle). Les autres contiennent ce qui a été appelé « une mythologie celtique en déclin », dont les personnages sont des dieux difficiles à classer. L’un d’eux, Pwyll, a des rapports curieux avec l’autre monde, où d’ailleurs il règne pendant un an. Sa femme est la déesse équine Rhiannon, une variante d’Epona, identifiée à l’époque du syncrétisme romain à la déesse grecque Déméter-Erynis, qui se transforme en cavale pour fuir les assauts de Poséidon, qui se transforme à son tour en étalon (Poséidon Hippios) pour s’unir à elle. De cette union naissent Perséphone et le cheval Areion (Pausanias 8.25,5-7). La variante védique (Rgveda 10.17,1-2) nous indique qu’il s’agit d’un mythe indo-européen. Dans les trois cas, la progéniture de la déesse est humaine et équine, ce qui trouve une confirmation dans la mythologie irlandaise (Noínden Ulad).
D’autres récits gallois contiennent des traditions que les savants ont appelées « chamaniques », dont le protagoniste est Cei, qui se transformera dans le lugubre sénéchal Key du cycle arthurien. Enfin, le prototype gallois de Merlin est le poète-magicien Taliesin, qui se vante de posséder « tous les arts magiques de l’Europe et de l’Asie » Mais d’autres personnages comme Math, Gwydion fils de Dôn (= la déesse Dana), Llwyd, etc., sont également capables d’exploits fabuleux.

  • Bibliographie.
    • Eliade, H 2/169-72 ; P. Mac Cana, Celtic Religion, in ER 3, 148-66.

    • Sur la mythologie gaélique, voir P.K. Ford, The Mabinogi and other Welsh Tales, Berkeley-Los Angeles-London 1977 et I.P. Couliano in Aevum 53 (1979), 398-401.

Photo : Supposément le dieu gaulois Sucellos sculpté sur un chapiteau roman, derrière l’autel de l’église de Rozier-Côtes-d’Aurec, dans le département de la Loire en région Rhône-Alpes.